Cet article (https://collectiflieuxcommuns.fr/?386-romantisme-et-ecologie)[1] rappelle deux interprétations sur le rapport des romantiques avec la politique, l’un d’auteurs marxistes, en tout cas le premier, (Michael Löwy et Robert Sayre), et l’un d’un auteur libéral (Isaiah Berlin).
Pour Isaïah Berlin, le romantisme est surtout associé à des valeurs anti-lumières (contre l’universalisme, la rationalité, l’objectivité), et à une forte valorisation de l’identité culturelle, qui est pour lui à l’origine du nationalisme.
"Dans un texte fort intéressant, Isaiah Berlin présente ainsi le romantisme comme une opposition fondamentale aux principes issus de la philosophie des Lumières (en particulier l’universalité, la rationalité et l’objectivité), assise sur la foi dans les facultés spirituelles intuitives et créatrices de l’individu et la valorisation des liens particuliers qui l’inscrivent dans son milieu d’origine. Et ce sont les racines romantiques du nationalisme, qui retiennent l’attention de Berlin."
Löwy et Sayre considèrent qu’il est réducteur d’assimiler l’ensemble du mouvement romantique à l’anti-lumière et au nationalisme. Pour ces auteurs. En effet, le romantisme serait un mouvement associé à des idées politiques extrêmement diverses (cosmopolite/nationaliste, individualiste/communautaire, etc.). Le romantisme s’articulerait néanmoins autour d’une valeur centrale qui est l’harmonie de l’homme avec la nature :
"Cette double exigence d’une vie en harmonie, avec la nature et avec les hommes, a traversé ce que les auteurs qualifient de « nébuleuse romantique », ensemble regroupant des écrivains, des poètes et des artistes mais aussi des philosophes, des historiens ou des penseurs politiques, dont la diversité des composantes et les multiples contradictions ont souvent découragé l’étude. Le romantisme peut ainsi se faire individualiste ou communautaire, cosmopolite ou nationaliste, réaliste ou fantastique, rétrograde ou utopiste, révolté ou mélancolique, voire alterner ou faire coexister ces manières d’être et de penser. Ces contradictions et ce foisonnement ne sont d’ailleurs pas sans rappeler ceux qui caractérisent aujourd’hui la sensibilité écologique et qui en font à la fois la force et la faiblesse."
Problématique : Ce qui manque dans ce débat, c’est des ordres de grandeurs. Si une approche chiffrée peut être méthodologiquement difficile, voire irréalisable, on pourrait avoir des généralités du style : dans l’ensemble des écrits romantiques, on a peu de textes en faveur de la démocratie représentative et beaucoup de textes en faveur du féodalisme, de la démocratie directe dans des petites communautés (cf. Rousseau); on a peu de textes en faveur de la science et de la technologie, et beaucoup de textes en faveur de l’occultisme, du retour à la nature, etc.
[1] Le texte de cette page web est un extrait de l’article "Romantisme et écologie" par Pierre Alphandéry, publié dans la revue « Écologie politique », n°3-4, Automne 1992.