Forum littéraire

Bonjour à tous,

Je suis actuellement en M1 Recherche littéraire, et je me pose actuellement énormément de questions concernant mon futur.

J’aimerais, dans un monde idéal, enseigner à l’université mais avant tout faire de la recherche, car c’est cela qui me plaît le plus : mon mémoire me passionne, et l’idée de faire une thèse me tente énormément (même si d’après ce que j’ai pu lire, cela s’apparente davantage à un cauchemar pour certains). Mais voilà, j’ai eu des discussions avec différents professeurs, dont ma directrice de mémoire (qui est très bienveillante), et qui me disent que globalement une thèse ça ne sert à… rien. Ma directrice de thèse a été plutôt honnête avec moi sur ce sujet, en m’expliquant qu’il n’y avait pas de postes en tant qu’enseignant-chercheur, et que le contrat doctoral était extrêmement difficile à avoir en plus de cela. De plus, elle m’a avoué que, malheureusement, tout marchait plus ou moins au piston (ce qui ne marchera pas pour moi, n’ayant pas de relations). Tout cela me désespère un peu, car je suis réellement passionnée par la littérature et la recherche, et la dure réalité me prend de court. Est-ce que selon vous cela "vaut-il le coup" de tenter une thèse, pour ensuite passer l’agrégation ou le CAPES ? Quelles sont les différentes possibilités?

De plus, je ne sais pas si cela pèse dans la balance (en négatif, ou en positif) mais je suis en situation de handicap (RQTH, ALD).

Bonjour,

Votre directrice vous a dressé un tableau assez lucide de la situation. Cela étant dit, un diplôme ne vaut que par ce que l’on en fait. À l’étranger, il existe plus de possibilités qu’en France, si vous acceptez d’élargir votre horizon. Quoi qu’il en soit, vous serez parti pour plusieurs années (pour certains, presque une décennie...) de précarité et d’incertitude.

Les concours de l’éducation CAPES ou Agrég sont une possibilité. Ils permettent d’avoir une sécurité économique, tout en laissant du temps libre pour poursuivre ses projets. Les concours peuvent toutefois perturber votre vie aussi (mutations, rythme de travail, nouvelles contraintes,...).

Bonsoir,

Les situations RQTH/ALD ne pèsent aucunement dans la balance au niveau des concours de recrutement. Elles permettent cependant d’obtenir des "tiers temps" pour les épreuves type CAPES/AGREG. Mais vous serez jugée sur vos seules compétences. Après, pour les affectations, etc... je ne sais pas.

Il n’est asolument pas requis de disposer d’une thèse pour le CAPES ou l’AGREG (il faut un M2).

Je partage l’avis de Lucid_Lynx que la lecture de votre encadrante est, malheureusement, lucide. Mais le "piston", je ne peux partager. Si tout fonctionnait bien... on n’aurait pas ce questionnement. Et le "piston", il sera plutôt pour votre encadrant(e) : c’est à elle de le "négocier". Les contrats doctoraux sont effectivement peu nombreux.

Je vais donner un conseil un peu bête : faites ce qui vous plaît ou vous tente le plus. Quoi que vous fassiez, ce sera valorisable. Mais il faudra s’accrocher et batailler... quelle que soit l’option finalement retenue.

Notez que les pour les personnes RQTH/ALD qui seraient en incapacité physique d’enseigner devant une classe ou un amphi, il reste l’option de l’enseignement à distance (type CNED ; peut-être d’autres institutions, j’ignore... mais serais intéressé de savoir, d’ailleurs).

Je conçois la facilité de mes suggestions, de même que la difficulté à y répondre. J’espère juste avoir lancé quelques pistes.

Bonsoir,

En effet, il y a peu de places pour les contrats doctoraux, ce qui est bien dommage. Il existe cependant aussi des bourses.

Autant le dire, quand on vient de passer un M2 ou l’agrégation et qu’on candidate, une partie dépend de soi (soit on poursuit un sujet défriché en master et qui a encore un grand potentiel, ce qui permet d’avoir déjà un dossier solide, soit il vaut mieux travailler à l’avance un projet abouti pour avoir plus de chance), mais l’influence du directeur/de la directrice peut être évidemment importante. Cependant, je doute qu’il y ait des candidats médiocres qui obtiennent vraiment quelque chose juste parce que leur directeur ou leur directrice a du pouvoir. Il est normal de ne pas avoir de réseau en M1/M2 !

Je distinguerais évidemment le piston de la question du réseau. Plus tard, on se forme un réseau par le travail de recherche, en adhérant à telle(s) association(s) et société(s) savante(s), en se forçant si l’on est introverti... Mais si je dois comparer, je trouve qu’un introverti s’en sort mieux dans ce milieu universitaire (au moins jusqu’à la fin du doctorat) que dans le monde du secondaire.

Il y a effectivement peu de postes d’enseignants-chercheurs et autant le dire : quand les docteurs excellents et ayant des CV/listes de travaux déjà très fournies doutent de leurs chances et possibilités dans le système français, ça fait réfléchir quand on a un dossier plus dans la moyenne... :-( Il faut se lancer en thèse tout en se disant que l’objectif professionnel direct n’est en rien garanti. Ce n’est pas facile, à plus forte raison dans une société générale qui considère peu le savoir et le doctorat.

Avant de se lancer en thèse, il vaut mieux avoir déjà "une situation", un poste. Souvent on va conseiller (voire "imposer") d’avoir déjà obtenu l’agrégation ou d’avoir été admissible, notamment pour candidater au contrat doctoral. Pour les postes d’ATER je crois que tous les collègues que j’ai pu croiser en lettres étaient déjà agrégés (notez qu’un fonctionnaire de catégorie A peut faire trois années comme ATER, ce qui n’est pas le cas des autres doctorants ou docteurs).

La thèse est une très belle expérience. Elle est difficile, aussi, bien sûr (voire très difficile) : il ne faut pas le cacher ! En revanche, effectivement, le doctorat de lettres, en France, ne donne pas accès à d’autre possibilité professionnelle directe. Être docteur offre dans certains cas des voies spécifiques à certains concours de la fonction publique. À y regarder de plus près, ça fonctionne pour les docteurs en droit, en sciences, en économie ou que sais-je (si je pense au successeur de l’ENA par exemple)... pas vraiment en lettres ! À part évidemment dans l’EN, où une voie spéciale d’entrée à l’agrégation, par exemple, est réservée aux docteurs dans plusieurs sections (pas toutes évidemment). En revanche, attention : le fait d’être docteur lui-même ne change rien dans la pratique du métier dans le secondaire (j’aimerais bien qu’on fasse passer quelque décret permettant aux docteurs, voire si besoin aux docteurs qualifiés MCF, d’avoir des facilités pour bloquer des participations à quelques journées d’étude/colloques par an auprès de l’administration sans devoir dépendre du bon vouloir ou non de la direction, mais bon, rien que ça peut paraître trop demander).

La difficulté - je le dis par expérience personnelle - c’est que le goût pour la littérature, la recherche, l’enseignement supérieur et la transmission n’est pas forcément accompagné par un goût pour la réalité de l’enseignement secondaire et le travail auprès des adolescents. Le travail dans le secondaire est aussi, comment dire, très social. Docteur et agrégé, je ne regrette pas d’avoir passé le concours à plus forte raison parce qu’il m’était imposé dans mon parcours, mais je regrette beaucoup l’impossibilité de ne pas avoir ajouté une deuxième corde à mon arc (bibliothèque ? patrimoine ?) parce que le travail au lycée ne me convient guère (je suis mal taillé pour cela alors que cela se passait bien à l’université).

Quatre ans d’ATER pour les fonctionnaires de cat. A ;) D’accord avec les autres interventions sinon !

Vous avez un aperçu assez clair du paysage désormais !

En effet Arthur, mais j’ai indiqué trois car la quatrième année est possible, mais demande une justification particulière selon le texte. J’aurais donc dû mettre 3+1 plutôt. Peut-être ne l’ai-je pas indiqué parce que je regrette de ne pas avoir pu faire de quatrième année comme ATER ! Ah, s’il y avait eu assez d’heures pour maintenir le poste malgré le changement de maquette dans la fac où j’exerçais alors... J’arrête là l’évocation de ma nostalgie.

 

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